Global Congo : politiques et esthétiques d’une littérature mondiale (2000-2019)

  •  Argumentaire

            Le Congo est souvent présenté comme l’un des centres de la mondialisation – « somehow the country has been at the center of the world since the Berlin conference », déclare Fiston Mwanza Mujila. Cette perspective est salutaire, dans la mesure où elle conteste l’idée d’une Afrique périphérique par rapport à l’Occident, mais elle se borne à la dimension économique. Or, que se passe-t-il lorsqu’on envisage la littérature congolaise dans une perspective mondiale ? Cet angle d’approche souligne le caractère poreux des frontières nationales, et permet de remettre en cause l’opposition centre/périphérie qui gouverne encore la World Literature, selon laquelle le but premier des écrivains des « marges » serait de publier à Paris, à Londres ou à New York.

           On gagne à considérer le Congo comme un centre littéraire, pour les écrivains de la diaspora d’abord : qu’ils vivent à Bruxelles, à Graz ou en Louisiane, le Congo semble fonctionner comme un pôle d’attraction, à la fois textuel et physique. Nombreux sont les auteurs qui y retournent pour développer des projets théâtraux, des structures éditoriales, des ateliers. En ce qui concerne les écrivains qui résident au Congo, il convient d’envisager les dynamiques qui reconfigurent aujourd’hui le champ littéraire. Un éditeur sénégalais déclare que « se faire reconnaître par le Nord n’est pas du tout le premier enjeu » des écrivains africains. Pour saisir ce phénomène, il conviendra d’être attentifs aux maisons d’édition qui travaillent dans les langues locales, aux stratégies éditoriales des jeunes écrivains, et aux circulations des textes entre le Congo et le reste de l’Afrique. Enfin, cette perspective permet également d’envisager le Congo comme un centre textuel pour des écrivains non congolais (pensons aux classiques de Césaire ou de Conrad, mais également, plus récemment, au problématique Congo de Michael Crichton, à The Poisonwood Bible de Barbara Kingsolver, ou encore à Congo d’Éric Vuillard).

           L’attention donnée aux phénomènes de multilinguisme et de traductions est au fondement de la World Literature. De ce point de vue, le Congo est un cas exemplaire : un grand nombre de langues s’y croisent (dont le chinois) et la littérature contemporaine témoigne de cette richesse. Richard Ali A Mutu, par exemple, écrit en lingala, et est traduit en anglais ; Jean Bofane et Fiston Mujila écrivent en français, mais leurs romans sont traduits en une dizaine de langues ; JJ Bola écrit directement en anglais, Muepu Mwamba en allemand. Comment cette donnée linguistique influence-t-elle l’écriture ? Quel rapport les écrivains entretiennent-ils aux langues européennes et aux langues locales (lingala, ciluba, swahili) ? Le choix de la langue relève d’un engagement politique au Congo, comme le choix du Gikuyu par le Kényan Ngugi Wa Thiong’o, ou provient-il du constat du plurilinguisme de la société congolaise ?

           Approcher l’espace littéraire du Congo en termes de World Literature nécessite enfin d’élargir la notion même de « littérature », comprise différemment de par le monde. Dès lors que la dimension orale et performative, présente depuis toujours en Afrique, revient en force aujourd’hui, on ne peut considérer cette littérature uniquement à l’aune des textes écrits. L’envisager en acte permet d’interroger sa dimension politique : l’écrivain vise-t-il ainsi à toucher un public plus large ? À avoir un rôle plus efficace dans la société ? Y a-t-il aujourd’hui une foi en la littérature, en ses capacités à changer le monde ? De plus en plus sujet aux problèmes politiques et sociaux, le champ esthétique est appelé à se réinventer et à imaginer des moyens alternatifs de diffusion, comme en témoigne par exemple la plateforme d’art et de cinéma Yole Africa ! située à Goma. L’un des buts de ce colloque, outre la réflexion théorique, consistera à envisager la création d’une telle plateforme pour le domaine littéraire, en fédérant différentes bases de données  mondiales et en réfléchissant ensemble (écrivains, éditeurs, critiques) à des manières de rendre accessibles à tous la richesse des textes congolais.

  • Axes du colloque
    1. Prolégomènes à la Littérature mondiale et enjeux politiques
    2. L’espace littéraire congolais : centre(s), stratégies, postures, langues, visibilité et circulation des textes, performances
    3. Tables rondes avec écrivains, éditeurs, archivistes, généticiens
    4. Bases de données, bases de textes : peut-on envisager un espace virtuel commun pour la production littéraire par/pour le Congo ?
  • Bibliographie sélective

Ouvrages sur la littérature mondiale

      1. Bhabha (Homi K.), The Location of Culture, London, Routledge, 1994.
      2. Brouillette (Sarah), Postcolonial Writers in the Global Literary Marketplace, Palgrave Macmillan, 2007.
      3. Cheah (Pheng), What is a World?, Durham, Duke U Press, 2016.
      4. Cornell (Liam), Literature and Globalization Reader, London, Routledge, 2010.
      5. Damrosch (David), What Is World Literature?, Princeton, Princeton University Press, 2003.
      6. David (Jérôme), Spectres de Goethe. Les métamorphoses de la « littérature mondiale ». Paris : Les Prairies ordinaires, 2011.
      7. Galens (David) and Moss (Joyce), World Literature and Its Times: Vol. 2 African Literature and Its Times, 2000.
      8.  Hayot (Eric), On Literary Worlds, Oxford, Oxford University Press, 2012.
      9. Krishnan (Sanjay), Reading the global, Columbia University Press, 2007.
      10. Lewis (Martin) and Wigen (Kärin), The Myth of Continents. A critique of metageography, UC Press, 1997.
      11. Lionnet (Françoise), Shih (Shu-mei) Minor Transnationalism, Durham, Minor Transnationalism, 2005.
      12.  McDonald (Christie) & Rubin Suleiman (Susan), French Global. A New Approach to Literary History, New York : Columbia University Press, 2010.
      13. Orsini (Francesca), « The Multilingual Local in World Literature », in Comparative Literature, (67) 4, 2015, pp 345-374.
      14. Peeren (Esther), « Mobility and globality », in Peripheral Visions in the Globalizing Present.  Space, Mobility, Aesthetics, Boston, Rodopi, 2016.
      15. Sturm-Trigonakis (Elke), Comparative Cultural Studies and the New Weltliteratur, West Lafayette, Purdue University Press, 2013.
      16. Sapiro (Gisèle), Les contradictions de la globalisation éditoriale, Paris: Éditions Nouveau Monde, coll. « Culture/Médias », 2009.
      17. Tihanov (Galin), « The location of world literature », in Canadian Review of Comparative Literature / Revue Canadienne de Littérature Comparée, Volume 44, Issue 3, Septembre 2017, pp. 468-481.
      18. Walkowitz (Rebecca), ed., Immigrant Fictions: Contemporary Literature in an Age of Globalization, Madison, Univ of Wisconsin Press, 2010.
      19. Westphal (Bertrand), La Cage des méridiens. La littérature et l’art contemporain face à la globalisation, Paris, Minuit, 2016.
      20. WReC (Warwick Research Collective), Combined and Uneven Development Towards a New Theory of World-Literature, Liverpool: Liverpool University Press, 2015.

Ouvrages sur la littérature et les arts africains et congolais

      1. Demart (Sarah) et Abrassard (Gia), Créer en postcolonie : Voix et dissidences belgo-congolaises 2010-2015, Bruxelles, BOZAR et Africalia, 2016.
      2. Demos (T. J.), Return to the Postcolony : Specters of Colonialism in Contemporary Art, Berlin-New-York: Sternberg Press, 2013.
      3. Ducournau (Claire), La Fabrique des classiques africains : Écrivains d’Afrique subsaharienne francophone, Paris, CNRS éditions, 2017.
      4. Gehrmann (Susanne), Veit-Wild (Flora), eds., Conventions & Conversions. Generic Innovations in African Literatures/Innovations génériques dans les littératures africaines, Trier, WVT, 2012.
      5. Kapanga (Kasongo), Writing the nation, Expressing Identity through Congolese Literary Texts and Films, London, Africa Research and Publications, 2015.
      6. Garnier (Xavier), Le roman swahili, La notion de « littérature mineure » à l’épreuve, Paris, Karthala, 2006.
      7. Halen (Pierre) – Fonkoua (Romuald) avec la collaboration de Katharina Städtler, Les Champs littéraires africains, Paris : Karthala, coll. Lettres du Sud, 2001.
      8. Jișa (Simona), Malela (Buata B.), Mișcoiu (Sergiu), Littérature et politique en Afrique. Approche transdiciplinaire, éditions du Cerf, 2018.
      9. Le Lay (Maëline), « La parole construit le pays ». Théâtre, langues et didactisme au Katanga (République Démocratique du Congo), Paris, Honoré Champion, coll. Francophonies, 2014.
      10. Lüsebrink (H.J.), Städtler (Katharina), Les littératures africaines de langue française à l’époque de la postmodernité. Etat des lieux et perspectives de recherche, Athena, 2004.
      11. Mangeon (Anthony), La Pensée noire et l’Occident, de la bibliothèque coloniale à Barack Obama. Cabris, Sulliver, octobre 2010
      12. Ndaywell (Isidore), L’invention du Congo contemporain: Traditions, mémoires, modernités, Paris: L’Harmattan, 2 vol., 2016.
      13. Ngandu Nkashama (Pius), Écritures littéraires : dictionnaire critique des œuvres africaines de langue française, New Orleans, Presses Universitaires du Nouveau Monde, 2002. 2 vol.
      14. Riva (Silvia), Nouvelle Histoire de la littérature du Congo Kinshasa, Paris, L’Harmattan, coll. “L’Afrique au coeur des lettres”, 2006.
      15. Rivers Ndaliko (Chérie), Necessary Noise. Music, Film, and Charitable Imperialism in the East of Congo,  New York: Oxford University Press, 2016.
      16. Samba (Diop), Fictions africaines et postcolonialisme, Paris, l’Harmattan, 2002.
      17. Sarr (Felwine) – Mbembe (Achille), Ecrire l’Afrique-Monde, Paris, Jimsaan-Philippe Rey, 2017
  • Écrivains contemporains invités
    • Sinzo Aanza
    • Jean Bofane
    • Marie-Louise Bibish Mumbu
    • Lisette Lombé
    • Fiston Mwanza Mujila
    • Richard Ali Mputu
    • Muepu Mwanda
    • Pius Ngandu-Nkashama
    • Marc-Antoine Vumilia
  • Editeurs, archivistes, généticiens
    • Jean Bofane (Dakar, Sénégal)
    • Nicolas Martin-Granel (ITEM-ENS, Paris)
    • Bienvenu Sene Mongaba (Mabiki éditions, Kinshasa-Bruxelles)
    • Petna Ndaliko (Yolé! Africa, Goma, RDC)
    • Chérie Rivers Ndaliko (Yolé! Africa, Goma, RDC)
    • Claire Riffard (ITEM-ENS, Paris)

Global Congo: Politics and Aesthetics of a World Literature (2000-2019)

The Congo is often presented as one of the centers of globalisation; writers such as Fiston Mwanza Mujila consider that “in a way, the country has been at the center of the world since the Berlin Conference”. This perspective is fundamental, insofar as it contests the idea of a peripheral Africa–yet it is limited to the economic dimension. What happens if we consider the Congolese literature in a global perspective? This view underlines the porosity of the national borders and questions the opposition between center and periphery that still governs World Literature (the idea that the primary goal of the “marginal” writers is to publish in Paris, London or New York).

In this symposium, we suggest thinking of the Congo as a literary center. First, for the writers of the diaspora: be they in Brussels, in Graz or in Louisiana, the Congo seems to function as a pole of attraction, both textually and physically. Numerous authors go back to their home country to develop theatrical projects, editorial structures, or workshops. Regarding the writers that live in Congo, we ought to analyse the dynamics that reconfigure the literary field today. A Senegalese editor declares that “being recognised by the North is not at all the first goal” of African writers. To grasp this phenomenon, we will pay attention to the editors that work in local languages, to the editorial strategies of young writers, and to the circulation of texts between the Congo and the rest of Africa. Finally, this perspective enable to consider the Congo as a textual center for non-Congolese writers (we can think of the classics by Césaire and Conrad, but also, more recently, the problematic Congo by Michael Crichton, The Poisonwood Bible by Barbara Kingslover or Congo by Éric Vuillard).

An important field of World Literature studies is the analysis of multilingualism and translation. From this point of view, the Congo is remarkable: a great number of languages intertwine (Chinese is one of them), and contemporary literature attests this cultural richness. Richard Ali A Mutu, for example, writes in Lingala and is translated into English ; Jean Bofane and Fiston Mujila write in French, but their novels are translated in a dozen languages ; JJ Bola writes in English, Muepu Mwamba in German. How does this linguistic parameter influence their writings? How do the writers consider the European languages and the local languages (Lingala, Ciluba, Swahili) ? Is the choice of a language the consequence of a political commitment, as it is for the Gikuyu by the Kenyan Ngugi Wa Thiong’o, or does it emerge from the observation of the plurilingual character of the Congolese society ?

Moreover, approaching the Congolese literary space in a World Literature perspective requires us to broaden the very notion of “literature”. As the oral and performative dimensions, that have always been present in Africa, regain importance today in literary reseach, we cannot only explore this literature in terms of written production. Taking into account the performative dimension allows us to interrogate its political dimension: is the writer-performer’s goal to reach a broader audience? To have a more effective role in society? More broadly, is there today a faith in literature, in its capacity to change the world? The aesthetic field is evermore subjected to political and social problems, and is forced to reinvent itself and to imagine alternative broadcast mediums. The art and cinema platform Yole Africa! in Goma is one example. Besides the theoretical reflections, one of the aims of this symposium is to consider the creation of such a platform for the literary sphere, through the federation of different databases of the world, and to reflect together (writers, editors, critics) on how to make accessible to all the richness of Congolese texts.

Global Congo: politiche ed estetiche di una letteratura mondiale (2000-2019)

        Il Congo è spesso presentato come uno dei centri della globalizzazione. Secondo Fiston Mwanza Mujila, «somehow the country has been at the center of the world since the Berlin conference». Tale prospettiva, nella misura in cui essa contesta l’idea di un’Africa periferica rispetto all’Occidente, è salutare, sebbene si limiti alla dimensione economica. Cosa succede, allora, quando si considera la letteratura congolese da una prospettiva mondiale? Un tale approccio sottolinea il carattere poroso delle frontiere nazionali e permette di rimettere in discussione l’opposizione centro/periferia che ancora domina la World Literature e l’idea che il fine primario degli scrittori “marginali” sarebbe quello di pubblicare a Parigi, Londra o New York.

         Suggeriamo l’idea di considerare il Congo come un centro letterario. Per gli scrittori della diaspora, prima: che essi vivano a Bruxelles, a Graz o in Louisiana, il Congo sembra funzionare come un polo d’attrazione, tanto testuale quanto fisico. Numerosi sono gli autori che vi ritornano per sviluppare dei progetti teatrali, strutture editoriali, laboratori. Per quanto riguarda gli scrittori che risiedono in Congo, l’analisi delle dinamiche che oggi riconfigurano il campo letterario diviene necessaria. Un editore senegalese afferma che “farsi riconoscere dal Nord non è affatto l’obiettivo principale” degli scrittori africani. Per cogliere tale fenomeno, occorrerà prestare attenzione alle case editrici che pubblicano nelle lingue locali, alle strategie editoriali dei giovani scrittori e alla circolazione dei testi tra il Congo e il resto dell’Africa. Infine, tale prospettiva permette di considerare il Congo in quanto centro testuale anche per gli scrittori non congolesi (basti pensare ai classici di Césaire o di Conrad, ma anche, più recentemente, a Congo di Michael Crichton, a The Poisonwood Bible di Barbara Kingsolver, o ancora a Congo di Eric Vuillard).

         L’attenzione ai fenomeni di multilinguismo e di traduzione è campo prediletto della World Literature. Visto così, il Congo è un caso esemplare: un gran numero di lingue si mescola (tra cui il cinese) e la letteratura contemporanea testimonia di questa ricchezza culturale. Richard Ali A Mutu, ad esempio, scrive in lingala, ed è tradotto in inglese; Jean Bofane e Fiston Mujila scrivono in francese, ma i loro romanzi sono tradotti in una decina di lingue; JJ Bola scrive direttamente in inglese, Muepu Mwamba in tedesco. In che maniera questa situazione linguistica influenza la scrittura? Che rapporto hanno gli scrittori con le lingue europee e con le lingue locali (lingala, ciluba, swahili)? La scelta della lingua si lega ad un impegno politico, così come l’utilizzo del gikuyu da parte del kenyota Ngugi Wa Thiong’o, oppure essa deriva dal carattere plurilinguistico della società congolese?

         Inoltre, l’analisi dello spazio letterario congolese secondo i termini della World Literature necessita di un allargamento della nozione stessa di “letteratura”. Dal momento che la dimensione orale e performativa, da sempre presente in Africa, oggi ritorna con forza, non si può valutare questa letteratura soltanto alla luce dei testi scritti.

        Così, la considerazione del carattere performativo permette l’interrogazione della dimensione politica: lo scrittore cerca di raggiungere un pubblico più largo? Di avere un ruolo più efficace nella società? O ancora, si assiste oggi ad una fiducia nella letteratura, nelle sue capacità di cambiare il mondo? Sempre più legato ai problemi politici e sociali, il campo estetico è chiamato a reinventarsi e ad immaginare mezzi di diffusione alternativi – come testimonia ad esempio la piattaforma di arte e cinema Yole Africa! che ha sede a Goma. Uno degli obiettivi di questo convegno, al di là delle riflessioni teoriche, sarà quello di prospettare la creazione di una simile piattaforma per il campo letterario, coniugando diverse banche dati mondiali e riflettendo insieme (scrittori, editori, critici) sulle maniere di rendere accessibile a chiunque la ricchezza dei testi congole

Kongo mobimba : Politiki pe bonzenga ya makomi ya ntoki na mokili (2000-2009)

 

Kolanda na maloba ya Fiston Mwanza Mujila, mingi mingi, Kongo emonisamaka lokola moko ya bisika oyo masolo ya mokili mobimba elekanaka. Uta koyangana ya Berlin, Ekolo oyo ezalaka na kati-kati ya bamasolo.

Etaleli oyo ezali ya lobiko po etelemeli likanisi oyo epanzana ete, Afrika ezalaka na sima-sima ya Mikili ya Poto. Likanisi yango esukaka kaka na makambo ya nkita. Kasi, ndenge nini bazwelaka makomi ya ntoki ya Kongo na mokili ? Ezweli wana ya makambo, emonisaka ete, ezali na madusu oyo elekisaka makambo kati na bandelo oyo etiama ya bikolo. Epesi biso ndingisa ya koboya kondima botelemelani oyo etiamaka kati na tondo pe nzinga-nzinga. Ata ko, yango nde ezali nanu kokonza molóngó na makomi ya ntoki. Etaleli wana esakolaka ete : epusi malamu buku ya mokomi ya nzinga-nzinga ebima na Paris, na Londres to na New York.

Ekozala malamu, po na Bakomi ya Kongo oyo babima libanda, bazwa Kongo lokola nde tondo ya makomi ya ntoki. Ezala bafandaka na Bruxelles, na Graz to na Louisiane, Kongo ezali kosala lokola esangelo oyo ebendaka, ezala na ndenge ya ya makomi, ezala na ndenge ya nzoto. Ebele kati na bango bazongaka na Kongo po na kokolisa miango ya masano ya Maboke, bandako ya bobimisi mikanda, biyekolelo ya bokomi. Na oyo etali Bakomi bafandaka na Kongo, ebongi malamu kotala na bokebi mbongwana oyo bazali kosala po na kopesa etandameli ya sika na bilanga ya makomi ya ntoki. Mobimisi-buku moko ya Senegal alobaki ete: « koluka bayeba yo na Poto, yango te nde eloko ya liboso » Bakomi na Afrika bazali koluka. Po na kosimba tina ya likambo yango, ekosenga kozala ekenge na bandako ya bobimisi-buku oyo basalelaka na minoko ya Kongo. Ekosenga pe kotala na ekenge bamayele oyo bilenge-Bakomi bazali kosala po na kobimisa misala na bango. Ekosenga pe kotala ndenge makomi ezali kotambola kati na Kongo pe na Bikolo oyo etikali ya Afrika. Po na kosukisa, etaleli oyo ezali kobimisa Kongo lokola tondo ya makomi po na Bakomi basusu oyo bazali bayi-Kongo te. Tokanisa ndakisa Césaire to Conrad, kasi pe, kala mingi te, na buku oyo ebimisaki kopotana Congo ekomamaki na Michael Crichton, na The Poisonwood Bible ya Barbara Kingsolver, to pe lisusu, na Congo ya Eric Vuillard.

Makomi na mokili efandisami na likambo ya kolobama minoko ebele pe mabongoli. Na etaleli wana, Congo ezali ndakisa ya kososola : Minoko ebele ekutanaka (zwa pe na kishinwa) pe makomi ya ntoki ya mikolo oyo, ezali kolakisa bokulaka wana. Tozwa ndakisa ya Richard Ali a Mutu. Ye akomaka na Lingala. Buku na ye, babongolaki yango na anglais. Jean Bofane pe Fiston Mwanza bakomaka na français, kasi babuku na bango, ebongolama na minoko pene na zomi mobimba. JJ Bola akomaka mbala moko na anglais, Mwepu Mwamba akomaka na kialema. Ndenge nini monoko oyo basaleli po na kokoma etambusaka ekomeli ? Boyokani nini Bakomi bazalaka na yango na minoko ya Eropa pe na minoko ya Kongo (kikongo, kiswahili, lingala, ciluba) ? Na Kongo, kopona monoko ezali na ndelo nini ? Ezali likambo ya komipesa na ndenge ya politiki lokola Moyi-Kenya Ngugi Wa Thiong’o asalaki ya kokoma na monoko na ye mboka Gikuyu ? To, ewuti kaka na ndenge Kongo ezali mokili ya minoko ebele ?

Kobelema pene na Makomi ya ntoki ya Kongo na nzela ya makomi ya ntoki na mokili, ezali kosenga koyeisa monene liyebi yango ya « makomi ya ntoki ». Bipayi na bipayi na mokili, likambo yango esosolamaka ndenge moko te. Na boye, ntoki ya koloba pe ya kolongisama, uta kala ezalaka na Afrika. Lelo tomoni ete, ezali kozonga na elulu makasi lelo. Tokoki lisusu kokobaka kaka te, na kotalaka makomi ya ntoki, kaka na oyo ekomami na makasa. Kotala yango na ndenge ya likambo moto asali, ezali kopesa biso nzela ya kotuna mituna na ndelo ya politiki : Mokomi alukaka kotangama na bato ebele ? Alukaka kozala na mosala ya litomba na kati ya bomoyi ya bato na mboka ? Lelo oyo ezali na bato batieli makomi ya ntoki motema, ete, ekoki kobongola mokili ? Mingi mingi makambo etali bonzenga ezali kotutana na mikakatano ya politiki pe ya bomoyi ya bato na mboka. Yango wana, etando ya bonzenga esengeli ebandela komikela pe kokanisa banzela misusu po na kopanza sango ya mabimisi, ndenge ndakisa ya sinema Yole Africa na mboka Goma elakisi biso. Eposa elakisi likambo tozali koluka kozwa. Eposa ya liboso ya koyangana oyo ezali po na kobanza elongo, bilimboli etali makomi ya ntoki ya Kongo. Eposa ya mibale ezali koluka ndenge nini ya kokela etandolelo oyo ekosangisa Bayi-makomi ya ntoki. Etandolelo yango ekokelama na bosangisaka basanduku ya bipesami ya mokili mobimba pe na bososolaka elongo (Bakomi, Babimisi, Basosoli) na lolenge ya kosala ete, bokulaka ya makomi ya Bayi-Kongo  ekoka bongo kokomela batangi.

Kongo ya Kitandawazi: Siasa na Sanaa ya Fasihi hii ya Ulimwengu (2000-2019)

 

Mara nyingi Kongo imekuwa ikitajwa kama kitovu cha utandawazi. Waandishi kama Fiston Mwanza Mujila anaichukulia “Kwa namna ambavyo nchi hiyo imekuwa katika kitovu cha dunia tangu Mkutano wa Berlini”. Kimsingi mtazamo huu unapinga wazo la kuiona Afrika kuwa pembezoni… lakini unapata kikwazo kwenye mkabala wa kiuchumi. Ni nini kinatokea kama tunaichukulia fasihi ya Kikongo katika mtazamo wa kiulimwengu? Mtazamo huu unauweka msingi wa udhaifu wa mipaka ya taifa na kuhoji upinzani wa mahusiano kati ya kitovu na pembezoni ambayo bado yanaongoza Fasihi ya ulimwengu (wazo la kwamba lengo la msingi la waandishi “wa pembezoni” ni kuchapisha kwa wachapishaji wa miji ya Parisi, Landani au New York).

Katika kongamano hili tunapendekeza kuifikiria Kongo kama kitovu cha fasihi. Kwanza, kwa waandishi wa ughaibuni: wawe ni wa Brussels, Graz au wa Louisiana, Kongo inaonekana kama mhimili kivutio kimaandishi na kimazingira. Waandishi mbalimbali hurudi kwenye nchi zao kuanzisha miradi ya sanaa za maonesho, mipango ya uchapishaji, au warsha. Kwa waandishi wanaoishi Kongo, tunakusudia kuchambua mabadiliko ambayo yanayounda upya uwanja wa fasihi leo.

Mhariri wa Kisenegali anatamka “kutambuliwa na Nchi za Kaskazini siyo lengo la kwanza hata kidogo” la waandishi wa Kiafrika. Kutaka kulielewa jambo hili, tutawaangalia wahariri wanaofanya kazi katika lugha za asili, mikakati ya kihariri kwa waandishi wachanga, na mzunguko wa matini kati ya Kongo na Afrika kwa ujumla. Mwisho, mtazamo huu unasaidia kuiangalia Kongo kama kitovu cha matini kwa waandishi wasio Wakongo.

Uwanja muhimu katika Taaluma za Fasihi ya Ulimwengu ni uchambuzi wa ulumbilugha na tafsiri. Katika mtazamo huu, Kongo inajipambanua kama: Nchi yenye lugha nyingi zinazoingiliana na fasihi ya kisasa na kuthibitisha utajiri huu wa kiutamaduni. Kwa mfano Richard Ali A Mutu, anaandika kwa Kilingala na ikutafsiriwa kwa Kiingereza; Jean Bofane na Fiston Mujila wanaandika kwa Kifaransa, lakini riwaya zao zimetafsiriwa kwenye lugha nyingi.; JJ Bola anaandika kwa Kiingereza, Muepu Mwamba kwa Kijerumani. Zaidi ya hayo, kwa kuzingatia ukuaji wa China katika mahusiano na Afrika ya leo, siyo jambo la kushangaza kuwa waandishi wa Kikongo wanaakisi uhalisia huu katika matini zao.

Kwa mfano katika riwaya za Sinzo Aanza na Jean Bofane, wahusika wa Kichina wanaunda urafiki na watu wa Kongo na riwaya hizo zinaonesha kaligrafia ya Kichina. Kongamano hili litajikita katika masuala ya kimataifa ya Fasihi ya Kikongo na kuchunguza mafungamano ya kitamaduni yanayoruhusiwa na soko huria.

Mwisho, kukabiliana na nafasi ya fasihi ya Kikongo katika mtazamo wa fasihi wa kiulimwengu hatuna budi kupanua dhana ya “fasihi”. Kwa kuwa mfumo wa masimulizi na utendaji, ambao mara zote umekuwa unapatikana Afrika, umuhimu wake umehuishwa siku hizi katika utafiti wa kifasihi, hatuwezi kuchunguza fasihi hii katika mfumo wa maandishi pekee. Kwa kutumia mfumo wa utendaji tutaweza kuhoji mlengo wake wa kisiasa: je, lengo la mwandishi-mtendaji ni kuifikia hadhira pana zaidi? Kuwa na dhima ya ufanisi katika jamii? Kwa upana zaidi, je kuna imani leo katika fasihi, katika uwezo wake wa kuubadili ulimwengu? Uwanja wa kisanaa umeelemea zaidi kwenye matatizo ya kisiasa na kijamii, na unalazimishwa kujiunda upya na kufikiria vyombo mbadala vya utangazaji. Jukwaa la sanaa na sinema la Yole Africa! la mjini Goma ni mfano mmoja. Zaidi ya tafakuri ya kinadharia,

moja ya malengo ya kongamano hili ni kufikiria kuunda jukwaa la uwanja wa fasihi kupitia shirikisho la kanzi data mbalimbali kote duniani na kutafakari pamoja (waandishi, wahariri na wachambuzi mbalimbali) namna ya kuufikia utajiri wa matini ya sanaa ya Kikongo.